La climatisation traîne une mauvaise réputation, et une partie vient de son histoire. Ses anciens fluides ont troué la couche d'ozone. Leurs successeurs réchauffaient fortement le climat quand ils s'échappaient. Et les appareils fonctionnaient en tout ou rien. Numerama consacre d'ailleurs aux fluides, « le combat d'il y a 30 ans », un chapitre de sa vidéo « Tout le monde se trompe sur la climatisation », publiée le 12 juillet 2026. Voici ce qui a changé, règlement par règlement, et ce qui reste à surveiller.
Une clim, une PAC : la même machine
Un climatiseur et une pompe à chaleur fonctionnent de la même façon. Un fluide frigorigène, mis en mouvement par un compresseur, absorbe la chaleur d'un côté et la rejette de l'autre. Une pompe à chaleur réversible inverse simplement ce cycle selon la saison : elle prend des calories dehors l'hiver, et en rejette dehors l'été, rappelle l'ADEME. Le schéma de notre guide La pompe à chaleur, une solution écologique montre les deux saisons.
Tout l'enjeu environnemental tient donc en deux questions : quel fluide circule dans la machine, et combien d'électricité elle consomme pour déplacer la chaleur.
Les fluides : du R12 au propane
Les CFC : parfaits sur le papier, destructeurs d'ozone
Les chlorofluorocarbures, ou CFC, comme le R12, ont longtemps semblé idéaux : chimiquement stables et non toxiques, ils servaient dans de nombreux procédés, des réfrigérateurs aux bombes aérosols. En 1974, Mario Molina et Sherwood Rowland montrent qu'une fois dans l'atmosphère, ces gaz montent jusqu'à la couche d'ozone, où le rayonnement ultraviolet les casse et libère du chlore, qui détruit l'ozone. En 1985, l'équipe de Joseph Farman observe un appauvrissement massif de la couche d'ozone au-dessus de l'Antarctique : le « trou dans la couche d'ozone ». Molina, Rowland et Paul Crutzen recevront le prix Nobel de chimie en 1995.
Le R12 a un potentiel d'appauvrissement de la couche d'ozone de 1, la référence, et un pouvoir de réchauffement planétaire de 11 200 : 1 kg relâché pèse sur le climat autant que 11 200 kg de CO2.
1987 : le protocole de Montréal
Le protocole de Montréal relatif aux substances qui appauvrissent la couche d'ozone est adopté le 16 septembre 1987 et entre en vigueur le 1er janvier 1989. Il a depuis été ratifié par tous les États reconnus par l'ONU. Son bilan est très positif : selon l'Organisation météorologique mondiale, près de 99 % des substances interdites ont été éliminées, et la couche d'ozone devrait retrouver ses valeurs de 1980 vers 2066 au-dessus de l'Antarctique, vers 2045 au-dessus de l'Arctique et vers 2040 ailleurs.
Les HCFC : le R22, une étape
Les hydrochlorofluorocarbures, ou HCFC, ont pris le relais. Le R22 en fait partie. Il abîme beaucoup moins l'ozone que le R12 (potentiel de 0,055), sans être inoffensif, et son pouvoir de réchauffement atteint 1 960. En Europe, les HCFC régénérés ou recyclés n'ont plus pu servir à l'entretien des climatiseurs et des pompes à chaleur après le 31 décembre 2014, et leur production s'est arrêtée fin 2019. Un appareil au R22 qui fuit ne peut donc plus être rechargé.
Les HFC : sans danger pour l'ozone, pas pour le climat
Les hydrofluorocarbures, ou HFC, ne contiennent plus de chlore. Ils ne détruisent pas l'ozone, mais ce sont de puissants gaz à effet de serre. Le R410A, un mélange à parts égales de R32 et de R125, a été très répandu dans les climatiseurs et les PAC air-eau : son pouvoir de réchauffement est de 2 088. Le R32, utilisé seul, descend à 675, trois fois moins. Depuis 2017, le R32 et les hydrocarbures remplacent progressivement le R410A, note l'ADEME. Ces valeurs varient un peu selon le rapport du GIEC retenu : le règlement européen s'appuie sur le 4e pour les HFC, et l'ADEME cite aussi 1 924 pour le R410A, d'après le 5e.
Le monde s'est aussi attaqué aux HFC. L'amendement de Kigali au protocole de Montréal, adopté en octobre 2016, organise la réduction de leur production et de leur consommation ; il devrait éviter 0,3 à 0,5 °C de réchauffement d'ici 2100, selon l'Organisation météorologique mondiale.
Le propane (R290) : un fluide naturel
Le propane, ou R290, est un hydrocarbure. Il ne figure pas parmi les substances qui appauvrissent la couche d'ozone, et le règlement européen sur les gaz fluorés lui attribue un pouvoir de réchauffement de 0,02. Ce règlement met en avant ces solutions « naturelles » : air, CO2, ammoniac, hydrocarbures ou eau. Le propane a un inconvénient : il est inflammable. Les appareils qui l'utilisent obéissent donc à des exigences de sécurité, et les techniciens doivent être formés à la manipulation des gaz inflammables.
Ce que dit le règlement européen de 2024
L'Europe encadre les gaz fluorés depuis 2006, avec un premier règlement révisé en 2014, puis en 2024. Le règlement (UE) 2024/573, entré en vigueur le 11 mars 2024, va plus loin que les précédents.
Des quotas qui tombent à zéro. La quantité de HFC que les producteurs et les importateurs peuvent mettre sur le marché européen est plafonnée, en tonnes équivalent CO2. Pour 2025 et 2026, ce plafond représente environ 24 % de la valeur de base de 2015 (notre calcul : 42,9 millions de tonnes sur 176,7) ; il descend vers 5 % en 2030 et à zéro à partir de 2050.
Des appareils neufs interdits, selon leur fluide. L'annexe IV du règlement fixe les dates après lesquelles certains équipements ne peuvent plus être mis sur le marché :
| Équipement neuf | Interdit à partir du | Fluides visés |
|---|---|---|
| Split contenant moins de 3 kg de gaz fluoré | 1er janvier 2025 | PRP de 750 ou plus, comme le R410A |
| PAC ou clim monobloc de 12 kW au plus | 1er janvier 2027 | PRP de 150 ou plus, comme le R32, sauf exigence de sécurité |
| PAC air-eau bi-bloc de 12 kW au plus | 1er janvier 2027 | PRP de 150 ou plus, sauf exigence de sécurité |
| Clim split air-air de 12 kW au plus | 1er janvier 2029 | PRP de 150 ou plus, sauf exigence de sécurité |
| PAC ou clim monobloc de 12 kW au plus | 1er janvier 2032 | tous les gaz fluorés, sauf exigence de sécurité |
| Split de 12 kW au plus | 1er janvier 2035 | tous les gaz fluorés, sauf exigence de sécurité |
Le règlement parle d'équipements « autonomes » pour les monoblocs, dont aucune pièce contenant le gaz n'est raccordée sur place, et de systèmes « bi-blocs » pour les splits. Quand les exigences de sécurité du lieu d'installation empêchent d'utiliser un fluide au PRP inférieur à 150, la limite des monoblocs est relevée à 750.
Et pour les appareils déjà installés ? Ces interdictions visent la vente d'appareils neufs. Votre PAC ou votre clim peut continuer à fonctionner, et les pièces nécessaires à sa réparation restent autorisées, tant que la réparation n'augmente ni sa puissance ni sa charge de fluide. Pour l'entretien, seuls les gaz fluorés au PRP de 2 500 ou plus sont interdits dans les climatiseurs et les PAC depuis le 1er janvier 2026, sauf gaz régénérés ou recyclés jusqu'en 2032 : le R410A et le R32 restent donc utilisables. Mais avec les quotas, les HFC deviennent plus rares et plus chers, prévient le ministère de la Transition écologique.
Le compresseur inverter : fini le tout ou rien
Un climatiseur classique fonctionne en tout ou rien : son compresseur démarre à pleine puissance, s'arrête quand la consigne est atteinte, puis redémarre. La technique inverter adapte la vitesse du compresseur à la température de la pièce. Selon l'ADEME, l'économie d'énergie peut atteindre 30 % pour un climatiseur inverter de classe A, et le confort est meilleur : la température varie d'environ 0,5 °C autour de la consigne, contre 2 °C pour un appareil classique.
Le rendement saisonnier : SEER, SCOP et étiquette énergie
Un climatiseur n'est pas jugé sur une seule mesure, mais sur une saison entière. Le SEER, coefficient d'efficacité énergétique saisonnier, divise le froid fourni au cours d'une saison de référence par l'électricité consommée : un SEER de 6 veut dire 6 kWh de froid pour 1 kWh d'électricité. Le SCOP fait la même chose pour le chauffage. Depuis le 1er janvier 2013, l'étiquette énergie des climatiseurs fixes classe les appareils selon ces deux valeurs.
Les règles européennes ont relevé le plancher. Un climatiseur dont le fluide a un PRP supérieur à 150 devait atteindre un SEER de 3,60 au 1er janvier 2013 ; depuis le 1er janvier 2014, un appareil de moins de 6 kW au R32 ou au R410A doit atteindre 4,60, et 4,30 entre 6 et 12 kW. À l'autre bout de l'échelle, la meilleure technologie disponible en 2012 atteignait déjà 8,50, le seuil de la classe A+++. L'ADEME conseille de choisir la meilleure classe possible.
Deux précautions. Les climatiseurs mobiles ont leur propre échelle, fondée sur un rendement instantané et non saisonnier : un mobile classé A n'est pas comparable à un split classé A. Et une PAC air-eau porte l'étiquette des appareils de chauffage, qui note le chauffage et non le froid.
Ce que ça change pour l'environnement
- La couche d'ozone n'est plus menacée par la clim : les CFC et les HCFC ont quitté le marché européen, et l'ozone se reconstitue.
- Le climat pèse de moins en moins lourd dans chaque appareil : du R410A au R32, le pouvoir de réchauffement est divisé par trois ; avec le propane, il devient presque nul.
- La consommation baisse : le SEER minimal a augmenté de 28 % entre 2013 et 2014 pour les petits appareils, et la classe A+++ commence à 8,50, un niveau que les meilleurs appareils atteignaient déjà en 2012.
Reste ce que la technique ne règle pas seule. Les fuites, d'abord : pour la climatisation des logements en 2020, l'ADEME estime que les fluides perdus ont pesé six fois plus que l'électricité consommée. D'où l'entretien obligatoire tous les deux ans et la récupération du fluide en fin de vie. La consommation, ensuite : si les ménages s'équipent sans sobriété, l'électricité consommée par la climatisation pourrait être multipliée par près de 2,5 entre 2020 et 2050, prévient l'ADEME. Une consigne à 26 °C et des volets fermés en journée restent les premiers gestes, comme l'explique notre guide S'adapter à la chaleur chez soi.
Si vous avez une PAC air-eau, vous pouvez éviter d'ajouter un appareil et un circuit de fluide de plus : avec des ventilo-convecteurs, c'est l'eau froide de votre PAC qui rafraîchit les pièces. Vérifiez d'abord qu'elle est réversible avec notre vérificateur, puis lisez Ventilo-convecteur ou climatisation split.
Questions fréquentes
Ma PAC ou ma clim au R410A est-elle interdite ?
Non. Les interdictions du règlement européen visent la vente d'appareils neufs. Un appareil au R410A déjà installé peut continuer à fonctionner et à être entretenu : seuls les gaz au pouvoir de réchauffement de 2 500 ou plus sont interdits pour l'entretien des climatiseurs et des PAC depuis 2026. Le R410A deviendra en revanche plus rare et plus cher.
Pourquoi le R32 ne sera-t-il plus autorisé dans les PAC air-eau neuves ?
Parce que son pouvoir de réchauffement, 675, dépasse le seuil de 150 retenu par le règlement (UE) 2024/573 pour les PAC air-eau de 12 kW au plus, monoblocs ou bi-blocs, à partir du 1er janvier 2027, sauf exigence de sécurité. Ces appareils devront utiliser des fluides à faible pouvoir de réchauffement, comme le propane.
Le propane dans une pompe à chaleur, est-ce dangereux ?
C'est un gaz inflammable, ce qui impose des précautions. Le règlement européen prévoit des exigences de sécurité et demande que les techniciens soient formés à la manipulation des gaz inflammables. Comme pour toute PAC, la pose et l'entretien reviennent à un professionnel habilité.
Qu'est-ce que le SEER d'un climatiseur ?
C'est son rendement saisonnier en froid : le froid fourni sur une saison de référence divisé par l'électricité consommée. Un SEER de 6 signifie 6 kWh de froid pour 1 kWh d'électricité. L'étiquette énergie classe les climatiseurs fixes de G, sous 2,60, à A+++, à partir de 8,50.