Chaque été plus chaud ramène la même question : faut-il une clim ? Avant d'y répondre, l'ADEME, Santé publique France et le plan national d'adaptation donnent le même ordre. D'abord empêcher la chaleur d'entrer. Ensuite l'évacuer la nuit. Et seulement après, rafraîchir, avec le moins d'énergie possible. Voici comment l'appliquer chez vous.
Pourquoi cet ordre ?
Parce que chaque étape réduit le travail de la suivante. Une maison dont les volets restent ouverts en plein soleil se réchauffe toute la journée, et aucun appareil ne la rafraîchira à bon compte. Le plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC-3) le dit sans détour : les solutions passives, qui ne consomment pas d'énergie, restent une « priorité absolue ». Il reconnaît aussi que les besoins de froid devraient augmenter, en particulier pour protéger les personnes les plus vulnérables. Les deux ne s'opposent pas : on se protège d'abord, on rafraîchit ensuite, et on rafraîchit d'autant moins qu'on s'est bien protégé.
1. Empêcher la chaleur d'entrer
En journée, selon l'ADEME, le meilleur moyen de garder son logement frais est d'empêcher la chaleur d'y entrer :
- fermez les fenêtres avant que la température extérieure ne dépasse celle de la maison ;
- fermez les volets avant que le soleil ne tape sur les vitres ;
- laissez les portes intérieures fermées, pour ne pas faire circuler l'air chaud d'une pièce à l'autre ;
- limitez les sources de chaleur intérieures : four, ordinateurs, consoles de jeux.
Les protections solaires, de préférence à l'extérieur
Le soleil qui traverse une vitre apporte beaucoup de chaleur. Mieux vaut l'arrêter avant qu'il n'entre : l'ADEME conseille de privilégier les protections solaires extérieures. Volets battants, persiennés ou roulants, stores, brise-soleil orientables, pare-soleil, écrans ou auvents : tous évitent que le soleil frappe la vitre. Les volets roulants micro-ajourés sont, pour l'ADEME, la meilleure option, car ils laissent passer un peu de lumière.
Contrairement à une idée répandue, les façades plein sud ne sont pas les plus exposées : à midi, le soleil est haut et chauffe surtout le toit. Les façades les plus sensibles sont orientées du sud-ouest au nord-ouest, car elles reçoivent le soleil presque à l'horizontale en fin de journée. Les façades est et sud-est le reçoivent bas le matin.
L'effet est mesurable. D'après une étude réalisée pour l'ADEME, oublier de fermer les volets avant que le soleil ne frappe les fenêtres augmente les besoins de froid de 7 % en moyenne ; en appartement, où les fenêtres donnent souvent toutes du même côté, fermer les volets en journée peut réduire les besoins de climatisation de 60 %.
Isoler les murs et le toit
Renforcer l'isolation des murs et du toit ralentit la pénétration de la chaleur. C'est, pour l'ADEME, le premier paramètre à considérer pour le confort d'été. Quelques repères :
- sous une toiture légère, en charpente, un isolant dense comme la laine de bois ralentit le passage de la chaleur et en stocke une partie ;
- pour les murs, l'isolation par l'extérieur préserve l'inertie des murs lourds, qui absorbent la chaleur du jour ;
- évitez les faux plafonds, qui gardent la chaleur dans la pièce ;
- les couleurs claires réfléchissent le soleil, surtout sur les murs exposés au sud et à l'ouest ; peindre en blanc un toit déjà bien isolé n'a en revanche qu'un effet limité.
Une maison isolée doit tout de même être aérée la nuit : sans cela, elle garde sa chaleur comme un thermos.
2. Évacuer la chaleur la nuit
Lors d'une vague de chaleur, il est essentiel d'aérer la nuit, dès que l'air extérieur est plus frais que l'intérieur, et quel que soit le logement. Santé publique France donne le même conseil : fermer les volets le jour, aérer la nuit si les températures sont redevenues inférieures à celles de la journée.
- Créez des courants d'air en ouvrant des fenêtres sur des façades opposées, portes intérieures ouvertes.
- Sur plusieurs étages, ouvrez en bas et en haut : l'air chaud monte et sort par le haut, c'est l'effet cheminée.
- Pensez aux moustiquaires ou à des protections solaires qui empêchent les effractions, pour pouvoir laisser ouvert.
L'air frais de la nuit refroidit les murs, les plafonds et les sols, qui restituent cette fraîcheur pendant la journée. Ne pas le faire coûte cher : si l'air chaud n'est pas évacué aux heures fraîches, les besoins de climatisation peuvent augmenter de 20 à 85 %, toujours d'après l'étude réalisée pour l'ADEME.
Le brasseur d'air, l'allié des nuits chaudes
Fenêtres fermées, un ventilateur de plafond, ou brasseur d'air, crée un mouvement d'air lent et régulier dans toute la pièce. Selon l'ADEME, il abaisse la température ressentie de 2 à 3 °C. Il ne refroidit pas l'air : inutile de le laisser tourner dans une pièce vide. L'ADEME cite une consommation d'environ 40 kWh par an pour un ventilateur, soit environ 8 €.
3. Le jardin et les abords
Un jardin bien planté protège la maison. Les arbres et les haies font de l'ombre sur les façades, et les plantes rafraîchissent l'air en évaporant de l'eau. L'ADEME conseille des arbres à feuilles caduques, qui donnent de l'ombre l'été et laissent passer le soleil l'hiver, et de ne pas planter de grands arbres trop près de la maison : en asséchant le sol, ils peuvent fissurer les murs. Évitez aussi les grandes surfaces bétonnées, qui stockent la chaleur le jour et la restituent la nuit.
4. Rafraîchir, quand cela ne suffit plus
Il arrive que tout cela ne suffise pas : logement dans une zone bruyante où l'on ne peut pas dormir fenêtres ouvertes, température qui reste trop élevée, personnes âgées, malades chroniques, femmes enceintes ou jeunes enfants dans la maison. L'ADEME considère qu'il faut alors envisager la climatisation, en choisissant bien.
- Préparez l'achat avant l'été. L'ADEME déconseille d'acheter un appareil bas de gamme pendant une canicule : il risque d'être peu fiable, peu efficace et gourmand en énergie.
- Évitez les climatiseurs mobiles. Leur gaine d'air chaud sort par une fenêtre entrebâillée, par laquelle l'air chaud rentre. Selon une enquête d'EDF citée par l'ADEME, une climatisation mobile consomme près de 710 kWh par an, contre 250 kWh en moyenne pour une climatisation fixe ; l'écart tient aux usages, mais aussi à leur moindre efficacité.
- Réglez à 26 °C au minimum. Passer la consigne de 23 à 26 °C divise par trois les besoins de refroidissement. Le code de l'énergie prévoit d'ailleurs qu'un système de refroidissement ne doit fonctionner que lorsque la température intérieure dépasse 26 °C (article R241-30).
- Gardez les bons gestes. Fenêtres fermées quand l'appareil tourne, volets fermés avant le soleil, aération la nuit quand l'air extérieur redevient plus frais.
- Faites entretenir. Pose, entretien et démontage reviennent à un professionnel habilité à manipuler les fluides frigorigènes ; l'entretien obligatoire a lieu tous les deux ans.
Éviter la mal-adaptation
Le Haut Conseil pour le climat définit la mal-adaptation comme une action d'adaptation susceptible d'accroître les effets négatifs liés au climat : plus d'émissions de gaz à effet de serre, une vulnérabilité déplacée vers d'autres, des injustices aggravées ou un bien-être diminué. Pour la chaleur, les exemples sont connus :
- le climatiseur mobile acheté dans l'urgence, que le PNACC-3 décrit comme cumulant les inconvénients : faible efficacité énergétique, pics de consommation sur le réseau électrique, fluides frigorigènes, air chaud rejeté dehors ;
- la chaleur rejetée en ville : selon l'ADEME, le rejet de chaleur par des climatiseurs de plus en plus nombreux augmente encore la température d'un environnement urbain déjà surchauffé ;
- la consigne trop basse et la clim qui tourne fenêtres ouvertes, qui font grimper la consommation.
À l'inverse, un rafraîchissement bien pensé vient après les protections passives, utilise un appareil efficace, fonctionne à 26 °C et limite les fluides frigorigènes, dont les fuites réchauffent le climat.
Avec une PAC air-eau : rafraîchir sans tout racheter
Si votre maison est chauffée par une pompe à chaleur air-eau, une partie de la réponse est peut-être déjà dans le jardin. Une PAC réversible peut, l'été, inverser son cycle et produire de l'eau froide. L'ADEME rappelle qu'elle peut alors alimenter des ventilo-convecteurs, un plancher rafraîchissant ou un réseau de gaines.
Avec des ventilo-convecteurs, vous n'ajoutez ni nouvelle unité extérieure, ni nouveau circuit de fluide frigorigène : seule de l'eau circule jusqu'aux pièces, et le froid est produit par la machine que vous utilisez déjà l'hiver. C'est la différence avec une clim split, qui amène le fluide jusqu'à chaque unité intérieure (le comparatif). Les bons réflexes restent les mêmes : volets fermés, consigne à 26 °C, aération la nuit.
Deux points de vigilance, que l'ADEME signale aussi. Les radiateurs classiques ne doivent pas recevoir d'eau froide, car l'eau de condensation les abîmerait : l'eau froide doit aller uniquement vers des émetteurs faits pour elle. Et une PAC réversible consomme de l'électricité l'été, alors qu'une PAC dédiée au chauffage n'en consomme que l'hiver : à utiliser comme une clim, avec sobriété. Notre guide Rafraîchissement ou climatisation explique pourquoi un plancher seul rafraîchit à peine, et Climatiser avec sa PAC air-eau liste ce qu'il faut ajouter.
Commencez par vérifier que votre PAC sait produire du froid avec notre vérificateur de PAC réversible. Pour savoir quoi poser et dans quelles pièces, l'étude gratuite part de votre PAC et de vos pièces. Et si la question écologique vous arrête, lisez pourquoi la pompe à chaleur est une solution écologique.
Questions fréquentes
À quelle température régler sa climatisation ?
À 26 °C au minimum, recommande l'ADEME : passer la consigne de 23 à 26 °C divise par trois les besoins de refroidissement. Le code de l'énergie prévoit d'ailleurs qu'un système de refroidissement ne fonctionne que lorsque la température intérieure dépasse 26 °C.
Faut-il ouvrir les fenêtres en journée pour faire circuler l'air ?
Non, pas quand il fait plus chaud dehors que dedans. Fermez fenêtres et volets avant l'arrivée de la chaleur, et ouvrez en grand le soir, la nuit et tôt le matin, quand l'air extérieur est plus frais que l'intérieur.
Un ventilateur rafraîchit-il la pièce ?
Non. Il brasse l'air sans le refroidir, mais ce mouvement d'air améliore la sensation de confort : selon l'ADEME, un brasseur d'air abaisse la température ressentie de 2 à 3 °C. Inutile de le laisser tourner dans une pièce vide.
Les volets et les brasseurs d'air sont-ils aidés ?
Le PNACC-3 indique que, depuis le 1er janvier 2024, les protections solaires extérieures et les brasseurs d'air sont finançables dans le parcours accompagné de MaPrimeRénov', pour une rénovation d'ampleur. Les règles des aides changent souvent : vérifiez votre cas auprès d'un conseiller France Rénov', service public gratuit.